Derrière les conflits qui occupent aujourd’hui notre attention se profile une interrogation plus fondamentale encore : quel ordre international est en train d’émerger et quelle place y restera-t-il pour le droit, la coopération internationale et la coexistence pacifique ? Comprendre la nature changeante de la guerre et les nouvelles logiques qui l’animent constitue une première étape indispensable pour tracer les contours du chemin complexe, fragile mais essentiel qui nous ramènera vers un désir de paix.
Marie-Laure Salles, Director of the Geneva Graduate Institute
Depuis la fin de la Guerre froide, la conviction que le monde bénéficierait durablement des «dividendes de la paix » laissait penser que l’interdépendance économique et le multilatéralisme réduiraient progressivement l’importance du recours à la puissance militaire. Pourtant, les guerres qui ont marqué les années 2020 ont brutalement remis en cause cette hypothèse, révélant le retour de conflits de haute intensité aux conséquences dévastatrices. Les États ont engagé un réarmement accéléré et nous assistons à la résurgence des rivalités stratégiques ainsi qu’au mépris croissant des normes internationales censées contenir la violence. Cette évolution soulève une question essentielle : entrons-nous dans une nouvelle ère où les grands conflits deviennent une caractéristique structurelle de la politique mondiale ?
Dans cette série, des chercheurs et chercheuses et des professeur·es de l’Institut, aux côtés d’autres expert·es, analysent la manière dont les guerres contemporaines transforment les dynamiques de la sécurité mondiale. Leurs contributions examinent la logique stratégique qui sous-tend l’augmentation des dépenses militaires, la fragilité de la dissuasion dans un ordre international fragmenté, la militarisation des nouvelles technologies, les différentes formes que prend aujourd’hui la guerre, ainsi que la pertinence des institutions internationales face à ce regain d’appétit pour les conflits ouverts.
Ensemble, ces analyses proposent plusieurs perspectives sur les trajectoires actuelles et interrogent les architectures de sécurité vers lesquelles nous nous dirigeons. En réunissant ces points de vue, elles mettent en lumière les défis posés par un monde à nouveau déchiré par la guerre.
La série s’ouvre par un article de Marie-Laure Salles, directrice du Geneva Graduate Institute, intitulé « Penser la guerre pour mieux réinventer la paix ».
Les articles seront publiés dans Le Temps sur une période de cinq jours, chaque journée étant consacrée à une thématique particulière :
Désordres géopolitiques
- “Penser la guerre pour mieux ré-inventer la paix” de Marie-Laure Salles
- "La guerre à l’ère du désordre mondial" de Keith Krause
- "Une «petite guerre mondiale» au Moyen‑Orient" de Cyrus Schayegh
Repenser les mots de la guerre
- "Parler de guerre et de paix" d'Andrew Clapham
- "Ni guerre, ni paix: comment penser la brutalisation du monde" de Grégoire Mallard
- "La solution finlandaise: neutralité et retour à la realpolitik" de Jussi Hanhimäki
Géoéconomie de la guerre
- "De la guerre économique à l’économie de guerre généralisée: un engrenage fatal?" de Gilles Carbonnier
- "La puissance maritime à l’ère du désordre mondial" de Basil Germond
- "Le commerce des armes à l’aube d’une nouvelle ère" de Hiruni Alwishewa
Les nouvelles formes de la guerre
- "Quand la guerre n’a plus de ligne de front" de Robert Muggah
- "Comment évaluer la violence en temps de guerre" de Ravi Bhavani
- "L’imaginaire algorithmique de la guerre" d'Anna Rosalie Greipl
Guerre, populations déplacées et minorités (ou genre)
- "Guerres des genres et guerres genrées" d'Elisabeth Prügl
- "Partir ou mourir: le déplacement forcé, une arme de guerre comme une autre" de Vincent Chetail
- "Le respect du droit de la guerre ne dit rien du génocide" de Paola Gaeta
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