Actifs en Ukraine depuis l’occupation de la Crimée par la Russie en 2014, les bataillons dits « musulmans » sont devenus particulièrement visibles en Europe avec le changement d’échelle de la guerre en 2022. Cette visibilité est en grande partie liée à l’implication de musulmans issus des diasporas russophones installées en Europe, dont les mobilisations politiques et les prises de position ont été profondément reconfigurées par la guerre. Cependant, l’attention portée à ces engagements masque souvent une réalité plus complexe : l’existence, du côté russe, de bataillons similaires, issus des mêmes régions – en particulier du Caucase du Nord – et mobilisant des registres religieux analogues pour légitimer la participation au conflit. En croisant l’histoire coloniale de ces populations, la sociologie des religions en Russie et mes enquêtes sur les migrations caucasiennes en Europe, je propose d’analyser les effets différenciés de la guerre sur les musulmans de Russie et de leurs diasporas, ainsi que les usages concurrents du religieux dans un conflit armé contemporain et d’interroger les cadres interprétatifs dominants à travers lesquels ces engagements sont appréhendés.
Kristina Kovalskaya est docteure en sociologie de l'École pratique des hautes études. Ses travaux portent sur l’expertise du fait religieux en Russie (Région centrale, Caucase Nord, Volga-Oural), la construction des savoirs et leur quantification, les pratiques religieuses et la mort en migration, la religion et les nouvelles technologies. Elle est actuellement responsable d’un projet sur les diasporas nord-caucasiennes en France soutenu par l’Institut Convergences Migrations (Paris) et lectrice au Département d’Études Slaves de l’Université Paris VIII. Parallèlement à ses activités de recherche, Kristina Kovalskaya enseigne la sociologie et les études slaves dans des universités et écoles françaises (l’Université Paris I Panthéon-Sorbonne, l’Université de Lille, l’Université d’Evry, NEOMA Business School) et pratique la réalisation documentaire.