Le soutien évangélique à Israël est le plus souvent traité comme un phénomène américain récent, un déterminant interne de la politique étrangère des États-Unis. Cette conférence propose de le rapporter à un acteur transnational autonome, doté de sa propre temporalité, de ses propres réseaux et de ses propres intérêts, dont l'action déborde largement le cadre du lobbying électoral.
En retraçant sa trajectoire depuis les milieux évangéliques britanniques des années 1840 jusqu'aux alliances israélo-évangéliques contemporaines, on observe la formation progressive d'un tiers acteur qui s'est inséré dans le conflit israélo-palestinien sans jamais apparaître comme une partie prenante directe. Trois logiques articulent cette insertion - alliance politique, affinité culturelle, attente prophétique - et leurs tensions internes expliquent sa solidité autant que ses zones d'ombre : rapport ambivalent à l'antisémitisme, silence sur les chrétiens de Palestine, convergence croissante avec la droite religieuse israélienne.
Laurent Tessier est historien des acteurs religieux dans les conflits internationaux. Docteur en histoire des religions et anthropologie religieuse (EPHE-PSL / Université de Montréal, 2024), chercheur associé au GSRL-CNRS, il anime le groupe de travail Veille-Information de l'Observatoire Pharos du pluralisme des cultures et des religions. Il a co-organisé en décembre 2024, dans le cadre de la chaire d'études sur le fait religieux du CERI-Sciences Po, le premier colloque francophone consacré au sionisme chrétien, et publié cette année Le sionisme chrétien. Histoire d'une alliance méconnue (XIXe–XXIe siècle), chez Labor et Fides et aux Presses de l'Université de Montréal.
Une conférence de la chaire Yves Oltramare, en partenariat avec Les éditions Labor et Fides
