La gestion du corps ou des besoins de soins est toujours un acte politique, au même titre que toute performance religieuse visant explicitement à reconfigurer les sources du sens et du pouvoir (ou l’horizon du temps, dans le cas de la divination). De même, une action politique qui valorise la transformation de la subjectivité et des relations sociales aura un effet thérapeutique ou, en tout cas, la capacité d’en modifier l’expérience et la conscience de soi, comme l’a montré Frantz Fanon. À partir du cas particulier de la société dogon, au Mali, haut lieu de l’anthropologie française, que traversent les profondes déchirures d’un conflit foncier et religieux longtemps occulté par cette dernière, l’on s’interrogera sur les moyens par lesquels les experts rituels, forts des techniques utilisées dans le traitement de certains troubles psychiques, peuvent mobiliser des ressources affectives, des mémoires culturelles et des identités politiques.
Roberto Beneduce est professeur d'anthropologie culturelle à l'université de Turin, et le fondateur du Centre Frantz Fanon. Depuis 1988, il mène des recherches au Mali et dans d'autres pays d'Afrique subsaharienne (Cameroun, Mozambique, Burkina Faso) à propos des transformations des savoirs médicaux locaux. Par ailleurs, il se consacre à l’analyse des politiques d’asile, de la violence d’Etat, de la décolonisation des sciences sociales et psychologiques, dans la continuité des œuvres de Frantz Fanon et d’Ernesto de Martino dont il est l’un des meilleurs spécialistes. Il vient de publier Il Rancore del Tempo. Follia, cura et violenza sull’ altopiano dogon (Mali) (Turin, Bollati Boringhieri, 2025)
