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Albert Hirschman Centre on Democracy
23 October 2026

Médias : quelle confiance à l’ère de l’intelligence artificielle ?

Un débat public co-organisé avec la Ville de Genève a analysé les adaptations du paysage médiatique face à l’IA et la désinformation. 

Quelles transformations l’IA a-t-elle engendré dans le secteur des médias et dans le métier de journaliste ? Comment se positionnent les producteurs d’information, que ce soient les legacy media (médias dits classiques), Wikipedia, les journalistes indépendants, le monde académique ou la sphère politique ? Quelles régulations sont nécessaires et quels défis faut-il affronter pour rétablir la confiance du public ?

Ces questions ont été débattues à l'occasion de la Semaine de la démocratie lors de la table ronde “Médias : quelle confiance à l’ère de l’intelligence artificielle” organisée le 5 octobre 2026 au Palais Eynard, en partenariat avec la Ville de Genève et dans le cadre du projet DeCoDe : Décryptons, Co-créons, Débattons. 

Le mot d’ouverture de Christina Kitsos, Maire de Genève, a posé le cadre d’un paysage médiatique en crise, marqué par des vagues de licenciements et souffrant à la fois d’une baisse de revenus et de confiance. Ceci se produit dans un contexte où de plus en plus de contenus sont générés par l’IA et sont massivement relayés par les réseaux sociaux, qui représentent un terrain fertile pour la désinformation. Christine Lutringer, directrice exécutive du Centre Albert Hirschman sur la démocratie, a souligné que la démocratie est un domaine de recherche prioritaire à l’IHEID. Dans ce contexte, le projet DeCoDe, actuellement développé à l’échelle de l’arc lémanique, vise à explorer les mécanismes des deep fakes, leurs implications sur les systèmes démocratiques et les moyens de les contrer. 

La table ronde, modérée par Olga Baranova, représentante du Media Forward Fund pour la Suisse romande, a en outre réuni Mounir Krichane, membre du comité de l’association Wikimedia CH ainsi que Thibaud Mabut, journaliste indépendant travaillant principalement sur les sujets locaux et propres à Genève. Axé autour des questions mentionnées ci-haut, le panel a vu des présentations de points de vue divergents, entre les journalistes indépendants qui ont pleinement adopté l’IA comme assistance à la création de contenus, et des organismes comme Wikipedia qui se défendent ardemment contre l’usage de l’IA dans la production de l’information. 

La confiance du public se présente comme l’un des biens les plus précieux dans les sphères médiatiques et politiques, et la vérification d’informations reste le maître mot dans le contexte actuel. L’IA transforme le contenu selon les besoins du public, mais ce tri peut mener à des bulles d’information marquées par la désinformation. Une tendance a notamment été relevée par les panélistes : le grand public tend désormais à ne plus lire les informations fournies par des moteurs de recherche ou les médias classiques, au profit de résumés générés par l’IA ou des courtes vidéos sur les réseaux sociaux, répondant à une préférence moderne du visionnage par-dessus la lecture. 

A travers les échanges, les panélistes ont affirmé l’importance des enquêtes de terrain à l’échelle locale, l’importance de non seulement sensibiliser les jeunes à la désinformation mais aussi les personnes plus âgées, et de consommer l’information en maintenant un sens critique, une curiosité et un élargissement de la zone de confort. La table ronde s’est terminée par un tour de questions du public présent en grand nombre. Ce dernier a en outre relevé que le financement des médias et le coût de l’information face à l’IA accessible et peu chère reste le nerf de la guerre, avec notamment une rétraction des recettes publicitaires.